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Ibrahima, la police et moi

C’était important d’être là pour un garçon qui était probablement mort de peur. Les informations sur les événements de samedi dernier au soir nous parviennent par les médias, depuis le parquet et l'hôpital Saint-Jean. Les médias rapportent qu'Ibrahima filmait la police avec son téléphone lorsqu'il a été placé en garde à vue. La police rapporte qu’Ibrahima a été arrêté pour avoir désobéi au couvre-feu, qu’il serait « tombé malade » en garde à vue avant d’être conduit à l’hôpital. L'hôpital rapporte qu'Ibrahima est décédé à 20h22 d'un arrêt cardiaque, bien avant le couvre-feu, et qu'il avait plusieurs contusions. Le parquet a ouvert une enquête.

Ibrahima

Ibrahima faisait partie de l'AJGB, une association de jeunes Guinéens, qui a organisé une manifestation en son honneur mercredi à 15h00. Je suis allée manifester avec deux autres rebelles d’XR. Je n'avais jamais été de ce côté du quartier de la gare du Nord à Bruxelles. Nous sommes passés devant les immeubles délabrés de la rue de la Rivière et sommes arrivés à un carrefour à côté de cette rue bordée de sex shops que l'on peut voir depuis les trains.

500 personnes, pour la plupart des personnes racisées, s'étaient rassemblées. L'assemblée s'est tenue devant le Commissariat où Ibrahima a été emmené. Qu'est-ce que la police a dit à Ibrahima là-bas, pour déclencher un arrêt cardiaque chez un jeune de 23 ans ? Que lui a-t-on fait ?

Les rebelles XR ont subi des abus de la police et le déni de leurs droits lors de leurs arrestations. Les traumatismes, la peur ou la haine ne sont pas rares. Mais je ne peux pas imaginer comment se sentent les personnes qui ont été indûment ciblées tout au long de leur vie par les contrôles et les abus de la police. Cette institution, les « gardiens de la paix », vole leur droit de vivre en paix au quotidien.

Voici un poème écrit par le pasteur allemand Martin Niemöller :

Quand ils sont venus chercher les communistes,

je n’ai rien dit,

je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates,

je n’ai rien dit,

je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,

je n’ai rien dit,

je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher,

il ne restait plus personne pour protester.


La foule perdit sa cohésion lorsqu'un groupe de personnes à l'arrière s'est détourné pour courir dans le tunnel, vers l'entrée de la gare de l'autre côté. Des cris se sont fait entendre. Les lignes de police se sont amassées en blocage.

Puis au croisement, la foule s’est de nouveau désagrégée. 500 émotions couraient, regardaient, bourdonnaient, criaient. Des bombes fumigènes furent lancées, ainsi que des canettes vides, mais pas toujours en direction des lignes de police. Les forces de l’ordre ont établi des lignes à travers d'autres rues, ne laissant que deux voies de sortie. Dans ce contexte de cohésion brisée et cette atmosphère tendue, nous avons décidé de partir.

Nous avons bu du thé à la menthe sucrée dans un café arabe lumineux en bas de la rue. Tout le quartier semblait dans la rue afin d’observer la situation de loin. Nous avons vu deux canons à eau s'approcher de la foule restante. Nous ne savions pas quoi faire. Défendre notre droit de manifester nous mettrait probablement dans une position de résistance face à la police, et nous ne nous étions pas préparés à cela. Mais je suis contente d'être venue à la manif, parce que la police est venue chercher d’autres que moi, et si elle ne rencontre pas un front de résistance uni pour les droits de toutes et tous, un jour c’est moi qu’on viendra chercher.

Prenons le cas de l’eurodéputée écologiste Pierrette Herzberger-Fofana. En juin dernier, elle a photographié neuf policiers harcelant deux jeunes noirs à la gare du Nord à Bruxelles. La police lui a pris son téléphone des mains et l'a plaquée contre un mur pour prendre ses papiers. Ils ont refusé de la croire lorsqu'elle a déclaré qu'elle était députée européenne. Ils ont dit qu'elle devait être femme de ménage. Comme si une femme de ménage ne méritait pas le respect. Comme si les jeunes ne méritaient pas l’égalité de traitement. Comme si l’éthique de la police ne devait pas être contrôlée.

En regardant les images des émeutes qui ont suivi après notre départ de la manif, j'ai vu toute la rage et j'ai compris.

Auteur: Kalifrances

Publié par

XR Belgium

Catégorie
  • Rebel's voice